31/03/2017

[Album] Monuments : "The Amanuensis"

Artiste : Monuments
Album : The Amanuensis
Deuxième Album
Sortie : 2014
Genre : Métal Progressif, Djent
Label : Century Media Records
Morceaux à écouter : Quasimodo, Saga City, Jinn
♥♥♥♥
> Ecouter l'album sur Youtube <

Du changement, encore. S'il y a des troupes de musiciens pour qui tout se passe bien et pour qui la cohésion est une évidence, ce n'est pas vraiment le cas de Monuments qui, en l'espace d'un EP et d'un premier album (tous deux réussis), a subi de nombreux changements en ce qui concerne le poste de vocaliste. Depuis la création du projet en 2007, ce sont pas moins de quatre personnes qui se sont succédé derrière le micro si on compte Chris Barreto arrivé au sein du groupe en 2013 et qui chante sur cet album. Ce nombre s'élève même à cinq si on considère que ce projet musical n'est rien d'autre que le prolongement de Fellsilent, le groupe s'étant dissout en 2010 pour donner naissance à Monuments. Bref, tout ça pour dire que Chris Barretto intègre la bande juste avant l'enregistrement de ce second effort et que malgré la lourde tâche qui l'attendait à l'époque, le résultat est plus que convaincant en plus d'offrir un nouveau souffle au groupe.

Multitude de textures. Si la voix de Barretto marque par son impressionnante performance dès la premier écoute du disque, c'est aussi du côté des instruments qu'il faut aller chercher l'intérêt de cet Amanuensis. La signature du groupe et plus particulièrement la patte de John Browne (composition/production/mixage/mastering/guitare) sont ici facilement identifiables et le bonhomme, qui s'impose comme l'élément central du projet depuis ses débuts, ne manque pas d'inspiration, c'est le moins qu'on puisse dire ! Fidèle à la direction musicale prise avec le premier album Gnosis, Monuments déballe ici un album encore plus fouillé, technique et au groove certain. Le résultat est difficilement discutable : l'écoute est agréable mais il va falloir se passer le disque un bon nombre de fois avant de pouvoir tout identifier et digérer. Et tant mieux, car un album sur lequel on revient (avec plaisir) est souvent un album qui a bien plus à offrir que sa simple musique. L'alchimie d'un Métal technique à la fois bourrin et mélodique frappe ici par sa complexité mais aussi par ses secrets et petits moments de pur plaisir pour les oreilles, à l'image du titre "The Alchimist" justement (ou encore "Quasimodo") dont le bridge contraste énormément avec le riff principal. Sur une bonne dizaine de titres, le combo britannique délivre donc une vraie leçon de Djent en multipliant les riffs complexes mais inspirés, avec un juste équilibre entre énergie et poésie qui, surtout, reste quelques chose d'agréable à écouter. Le tout est évidemment porté par un Chris Barretto en super forme qui étale ses talents de chanteur aux multiples facettes et à la voix aux surprenantes capacités.

Une voix mutante. Les rumeurs ont été nombreuses sur les raisons qui ont entraîné le départ de Matt Rose de Monuments en 2013. Qu'il s'agisse d'un différent financier suite la sortie du premier album ou de son incapacité à tenir la cadence et à assurer vocalement sur scène, peu importe au final car Chris Barretto a tout simplement repris le flambeau comme il se doit. Le gaillard ne sort pas de nulle part, cela dit. Après un passage (remarqué) au sein du groupe Periphery, il enregistre quelques titres pour une brève collaboration avec Haunted Shores (un projet studio de Misha Mansoor avec Mark Holcomb) sur un splitt avec Cyclamen sorti en 2010. On notera aussi que Chris Barretto, en plus de chanter, joue du saxophone. Il a d'ailleurs collaboré avec Tesseract sur deux titres de l'album Altered State sorti en 2013, notamment sur le joli "Calabi Yau". Mais c'est bien pour ses talents vocaux que le bonhomme peut être salué. En effet, la palette présentée sur The Amanuensis est tellement large qu'on a parfois l'impression que le groupe possède deux chanteurs. Les alternances entre les types de chant et sa capacité à changer de régime au sein d'un même morceau sont souvent bluffantes et surtout maîtrisées. Chris Barretto s'avère être un véritable atout, surtout lors des prestations scéniques du groupe (l'album est présenté avec trois morceaux bonus enregistrés en Live lors du Festival Euroblast 2013). Qu'il s'agisse de hurler, monter dans les aigus, apporter une touche atmosphérique et douce ou au contraire pousser sa voix en puissance et taper dans le growl bien gras, on a parfois l'impression que Barretto peut simplement tout faire, la preuve avec des titres comme "I, The Creator" ou "Saga City".

Raconter des histoires. Souvenez-vous, Gnosis, en grec ancien, faisait référence au concept philosophico-religieux selon lequel le salut de l'âme passait par la connaissance de soi. The Amanuensis, qui est un terme latin désignant un "employé de copie", s'attache davantage à la notion du rapporteur de faits, du conteur d'histoires. On regrettera toutefois la présence d'un livret avec les textes dans certaines versions du packaging de l'album mais heureusement, ceux-ci sont disponibles sur Internet. Une fois de plus, on constate que Monuments développe ses thèmes sous la forme de textes parfois compliqués, sous une forme proche de celles de paraboles ou même de courtes nouvelles où la philosophie et les sciences ne semblent jamais très loin et où l'incarnation de personnages souvent mystiques apporte une touche théâtrale à l'ensemble ("Jinn"). Cette approche rappelle d'ailleurs le travail de Tesseract, en plus violent. Il y a aussi une dimension spirituelle assez évidente, tant dans le visuel de l'album que dans le cycle de création puis de destruction mis en relief par "I, The Creator" en ouverture de l'album et "I, The Destroyer" en fermeture du recueil, "Samsara" faisant davantage office d'épilogue que de véritable morceau à part entière. On a parfois l'impression d'entendre s'exprimer des forces qui nous dépassent, comme si les faits racontés étaient bien trop grands et importants pour que nos misérables carcasses et simples esprits d'humains ne puissent en saisir tout le sens. Ce processus assez alambiqué dans l'écriture ne permet pas une lecture très claire des sujets qui paraissent chers à Monuments, en tout cas pour des non-anglophones. Dommages, car il semble y avoir pas mal de boulot et on aurait sans doute aimé pouvoir s'y plonger plus en profondeur et cerner la visée et toute la portée de cet album.

Un bel album. Le Djent a le vent en poupe depuis le début des années 2010 mais il faut bien admettre que les groupes qui pratiquent ce genre de façon pertinente et avec une certaine habilité sont rares. Monuments a su tirer son épingle du jeu malgré quelques difficultés pour se constituer un line-up stable et solide et l'arrivée de Chris Barretto en 2013 a véritablement été un bonus qui a donné naissance à un album très appréciable en tous points. La richesse des ingrédients en fait un objet difficile à cerner dans son intégralité mais ce disque reste d'une grande qualité, tant musicalement que vocalement, qu'on aime ou qu'on n'aime pas.

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